Mardi 11 octobre 2011 2 11 /10 /Oct /2011 09:27

     Le Néant Temporel

 

    La patience et la minute que dure l’heure par laquelle l'Homme peut se sentir tel un Homme hors du temps. C'est le temps hors du temps lui-même. Ici,l'Homme démontre qu'un voyage à l'intérieur de soi-même peut s'avérer difficile puisque l'extérieur de soi-même peut avoir de lourdes répercutions....

 

 

    Il est 23h52 et j'attends l'heure anachronique. - Encore Huit minutes . La sensation et l'excitation se fait de plus en plus ressentir. Comme un tremblement de l'espace-temps, une respiration étouffée. Il se passe un temps pendant lequel je ferme puis ouvre mes Paupières. - Plus que Sept minutes -

Le temps connaît une accélération,fulgurante, il semble pris dans une tempête. L'anxiété se fait de plus en plus ressentir . Est-ce la peur de l’inconnu ? Toutefois,observer le Néant Temporel requiert que l'on se mette au fond du lit,rien que cela. - Six Minutes – Je commence à ressentir l'atmosphère de ce vide du Néant Temporel. Un air glacé me transporte tantôt à gauche, tantôt à droite,et ainsi de suite. -Cinq Minutes - Il s'amuse avec moi depuis cet espace hors du temps, et, bien entendu je ne voit toujours rien mais cet espace anachronique commence à se faire ressentir. - Quatre Minutes - Une drôle de sensation s'installe en moi ; j'ai l'impression que les meubles qui m'entourent m'encouragent. Je les remercie ; je parle bien évidemment de l’armoire... Merci à vous cher amis pour le courage que vous me donnez....

Je suis prêt. Je commence à percevoir un nouvel univers. Je ne lui donne aucune forme ou visage et je me laisse prendre,conscient de ce que je fait. Néanmoins,je ne cède pas d'espace au temps pour éviter que celui ne me dépasse – Trois Minutes soit 23h57 - Je me sens de plus en plus seul pour ce voyage, léger, lourd, anxieux, sans voix...J'essaye de ne plus penser...

...

 

    Qu'ai-je fait aujourd'hui ? … Premièrement,je me réveille avec un léger mal de tête comme un ralentissement cérébral non voulu … et surtout non voulu. Il n'était pas si douloureux, mais plutôt gênant et irritant. Nous avons tous connu cet effet de fatigue qui nous tombe dessus dès le matin...Pour moi c'est loin d'être la première fois que cela m'arrive ; d'ailleurs cela m'arrive pratiquement tout les jours. C'est donc une longue journée qui s'annonce. Je prend une douche,d'abord tiède, puis chaude (toutefois un peu trop chaude) et enfin la sensation de froid dans une salle de bain pas assez chauffée (à mon goût) pour une matinée de Décembre dans le Nord-Ouest de la France. La fatigue ressentie au réveil s'étant dissipée,c’est un jour nouveau qui s'offre à moi... - Deux Minutes et trente secondes avant mon envol - Je redoute et pense beaucoup trop à la fracture entre le réel et l'irréel. J'essaye de m'accrocher à des idées réalistes.

Le présent est en train de me rattraper et cela se rarifie de nos jours ... C'est peut-être l'un des rares moments de la journée où le présent est présent... tout en étant vide...Et si le Néant Temporel ne se présentait pas ou qu'il se présentait beaucoup trop vite et que je rate cet instant...Il se peut aussi que je tombe et que je passe ainsi ma nuit à l'attendre. Ma vie serait alors lié au fait de me prolonger dans cette attente inéluctable – Deux Minute à Attendre -

 

      Non...Je me poses beaucoup trop de question. Je jette un œil dans ma chambre tel , un astronaute qui lance un dernier regard sur la Terre avant de se rendre sur la Lune... Qui sait qu'il ne pourras plus,jamais plus lancer un regard sur son réel de la même manière ? Comme avec des lunettes qui déforme notre vision , sur le nez , je regarde , avec un regard inquisiteur , ma réalité s'élargir. Ma soirée fut simple et l'appréhension du voyage était absente à ce moment là. Je me suis même un peu ennuyé. Je ne suis pas du genre à m'ennuyer mais là , bizarrement , je n'arrivais pas à attirer mon attention sur quelque chose. Je devais certainement être , inconsciemment dans mon périple Hors du Temps. En plus,il n'y avais à la télévision ; rien de tel pour élargir un peu l’angoisse qui commençait – pour une obscure raison qui m'était encore inconnue – à se présenter en moi.C'est alors que je me mis à écouter de la musique – un peu de rock suivi de musique douce ... - puis je m'assis confortablement sur mon fauteuil dans l'espoir d'effacer cette angoisse ... Maintenant,les différentes ombres autour de mon lit me semblaient comme des alliées ... C'est comme-ci je ne peut douter de notre alliance.

...

En fait je suis comme ce voyageur qui fait ses adieux à son entourage .- Il est 23h59 , sois une minute avant le début de ce voyage – Soudainement,une drôle d'envie m'envahit : j'ai envie d'agiter mes bras en faisant mes adieux à mes amis alors que je suis bien installé dans mon lit ...C'est alors que je me met donc à agiter mon bras en lançant un « A bientôt mes amis ! » aux différentes présences et ombres de ma chambre . Ceux-ci semblaient vraisemblablement émus ... par cette attention que je leur porte .... - Trente Secondes ! -Le compte à rebours,pourtant calme , commence à me frapper le crâne ; ma pression sanguine se fait de plus en plus forte et je sentis que mon cœur était prêt à exploser ! - Vingt Secondes ! -J'essaye de me calmer, je soulage ma peur et mon angoisse, et me remets confortablement sous la couette ... C'est comme-ci mon Lit était un vaisseau sur le point de partir ; il vibre ... - Dix Secondes – Dix...Neuf...Huit...Sept...Six...Cinq …Quatre... Trois...Deux

 

...

 

Un

 

...

 

    Minuit retentit et je ferme les yeux. Premièrement,je perçoit une musique. Des voix, semble être portées par le vent. Cela doit certainement s'agir de flux subtils de cet espace. Je n’ai qu’une microscopique minute terrestre pour les explorer. Ici je suis dans le Néant Temporel. J'ai l’impression que mon lit rétrécit,j’ai du mal à garder le contrôle de mes sentiments et j'ai peur de couler … Il faut s’alléger, il faut que je m’allège,et vite !L’heure zéro,c’est-a-dire le Néant Temporel, serait une sorte de passage vers cet espace inconnu de l’Homme, une minute pour scruter les abîmes. Mon écran de contrôle affiche Minuit. J'ai encore du temps. Je dois absolument m'alléger !Comment puis-je encore parler de temps alors qu'il n’existe plus ; néanmoins j'arrive à percevoir sa présence à l'extrémité de son monde non-temporel … C'est une sorte de frein … Je suis comme désespéré : rien à se débarrasser par-dessus bord, pas même un sentiment microscopique...Je ressent un sentiment clandestin en moi...Je le sais et je sens qu'il peut m'empêcher la « plage » du Temps Zéro...

 

    Néanmoins,je suis le capitaine de ce lit-navire !Il faut absolument que je trouve ce fichu sentiment qui va tous nous perdre! … « Salaud,sale égoïste » pensais-je ...

Soudainement,je ressent quelques secousses qui abordent mon vaisseau. Cela sent la fin de mon voyage dans ce trou intemporel... Pourtant je n'ai encore rien vu et je souhaite rester, j'aimerais voir, je VEUX savoir tout ce qu'il se passe dans cet univers … - Dans le monde Réel les secondes s'empilent les unes sur les autres et s'approchent de Minuit et une minute - Je me sens désespéré de devoir revenir dans mon monde ... Serait-ce possible de rester un peu plus longtemps dans cet espace inconnu ? Oui,juste un peu,se serait pas mal … Je sais que c'est impossible

 

    Je n'ai pas trouvé ce fichu sentiment (que je nomme Clandestin) n’a pas été trouvé, j'ai été trop alourdi et je suis sur le chemin du retour ; je n’ai en moi qu'un étrange souvenir d'un espace assez sauvage ravagé par l'absence du temps. Je regarde mon cadran et je voit qu'il est Minuit et une minute passé...

Je rouvre lentement mes yeux et je titube quelque peu dans ma tête avec dans ma bouche un certain goût acide … La mine radieuse de mon entourage m’accueille, comme pour me signifier : « C’est rien voyons,bon retour parmi nous car l’essentiel est ici;avec nous ! La réalité est sous tes yeux.» Étant un peu déçu, je leur souris quand même. « Certes,ce n'est pas bien grave , mais qui peut bien être ce fichu clandestin ?

 

[2011]

Par chris - Publié dans : Nouvelles
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Mardi 11 octobre 2011 2 11 /10 /Oct /2011 09:26

Dans le joli petit village où j'habite, perdu à la campagne, une maison insalubre se dresse près de la voie d'accès. Autrefois, cette masure était brillante comme un sou neuf mais, au fil des ans, elle s'est délabrée par manque d'entretien.

 

Elle appartient à Lily et Tom Lumériens. Il y a huit ans de cela, au décès de Lily, emportée par la maladie, Tom a tout laissé aller. « Plus de goût à rien » disait-il ; finis, les volets repeints chaque année, les jolies fleurs dans le jardin et le potager parfaitement aligné.

 

Maintenant tout tombe en ruine et Tom s'en fiche...

 

La commune a bien essayé de lui racheter son bien et désirait placer le brave homme dans le home de la commune voisine mais, car il y a un mais, et de taille, il y a le chien de Lily, un magnifique berger des Pyrénées qui répond au nom de Lunard et que Tom ne veut en aucun cas laisser. Dans ces conditions, le vieil homme se voit refuser l'accès à la maison de repos qui refuse catégoriquement les compagnons à quatre pattes.

 

Dans le voisinage direct de la petite maison se trouve la grande bâtisse de la famille Pianreu, une famille bourgeoise ayant fait fortune quand les mines de charbon de la région étaient toujours en activité. Les trois enfants, Damien, Florent et Martial, sont des petits monstres de gosses de riches à qui on passe toutes les misères occasionnée dans la commune parce que papa finance la plupart des travaux dans la petite bourgade.

 

A chaque fois que Tom et Lunard passent devant les grilles de la propriété des Pianreu, c'est toujours la même chose ; les trois gamins jettent des pierres au vieil homme et à son chien en les arrosant de noms d'oiseaux. Comme à chaque fois le brave molosse ferme la marche pour protéger son maître et est la cible des vauriens. Quand, arrivé dans sa maison, Tom se laisse choir dans son fauteuil, le brave animal s'assoit près de lui, attendant une caresse. Le chatouillement d'oreille est de loin ce que préfère Lunard. Il ne se lasse pas de cette gâterie. Quand la main de Tom s'immobilise, l'animal comprend que la fatigue a assoupi son compagnon, alors il se couche à ses pieds, montant la garde jusqu'au réveil.

 

Plus tard, à la nuit tombante, Tom prépare le souper. Il regarde un peu la télévision et monte au lit, suivi par Lunard. Pendant que son maître fait sa toilette, le berger s'installe sur le tapis au pied du lit. C'est tous les jours le même train-train, mais l'animal s'en soucie peu. Tant qu'il est avec son maître, il ne demande rien de plus.

 

Une nuit, Tom fut réveillé en sursaut. Lunard, les deux pattes sur l'appui de fenêtre, aboyait tant et plus.

 

« Qu’y a- t-il, mon bon chien ? Que veux tu me dire ? »

 

Tom ouvrit la tenture et, avec effroi, il vit la grande maison des Pianreu en flammes. Le plus rapidement pour un homme de son âge, il enfila son peignoir et descendit l'escalier ; ouvrant la porte, il se mit à courir, suivi par Lunard. Arrivé à la grille de la maison des Pianreu, il poussa celle-ci de toutes ses forces. Devant la maison en flammes, il vit Madame et Monsieur Pianreu en pyjama. Ils avaient eu le temps de sortir en catastrophe, espérant que leurs fils en auraient fait autant. Après avoir chercher les enfants dans le parc, ils se rendirent à l'évidence, ils étaient toujours dans leur chambre ; à ce moment, des cris arrivèrent jusqu'à eux.

 

« Mon Dieu ! - s'écria la maman - Ce sont eux ! Ils sont encore à l'intérieur »

 

Bondissant sur les marches de l'entrée, le papa entra dans les flammes, mais il dut rebrousser chemin tant le feu prenait de l'ampleur.

Il s'agenouilla devant sa femme, son peignoir tout fumant.

 

« Ils son perdus, je ne peux pas les sauver. Mon dieu ! Pardonnez-moi ! »

 

Enfin, la sirène des pompier retentit. L'alerte était donnée, mais le temps qu'ils arrivent, il serait trop tard pour les enfants, cela ne faisait pas l'ombre d'un doute...

 

Tom regarda Lunard, ils échangèrent un regard sans mot dire. Aussitôt, le brave chien plongea dans les flammes. Un instant plus tard, il réapparut avec Damien, le plus jeune, couché en travers du corps de l’animal. Lunard posa délicatement l'enfant et il disparut à nouveau. Le temps qui passa, nul ne pourrait le dire. Le brave chien réapparut enfin, le pelage tout fumant, avec Florent, le plus âgé des enfants. Monsieur et madame Pianreu se pressèrent près de leur fils et Lunard rejoignit Tom, son devoir accompli, lui semblait-il...

Madame Pianreu fondit en larmes.

 

« Martial, Martial, non pas ça je vous en prie, Seigneur, sauvez mon fils... »

 

Tom s'agenouilla devant son chien. Le poil encore fumant lui gratouilla l'oreille. Il lui dit :

 

« Je sais que je te demande l'impossible, mon brave Lunard, je sais aussi que tu risques de ne pas revenir mais, je t'en prie, fais-le pour moi, va chercher le dernier enfant mon bon chien, va ! »

 

Tous près de la maison en flammes, Lunard regarda une dernière fois son maître, puis il regarda les enfants qu'il venait de sauver et s'élança dans les flammes. Cette fois, le temps parut ne pas finir, quand, soudain, contre toute attente, Lunard apparut le pelage en flammes, traînant Martial par le col de son pyjama. Monsieur Pianreu courut vers les malheureux, prit son fils dans ses bras, le posa près de ses frères et repartit aussitôt dans la direction du pauvre chien. Il enleva prestement son peignoir de laine, couvrit l'animal et éteignit les flammes qui torturaient le malheureux, Il s'agenouilla et, malgré le poids de la bête, le souleva pour le porter près de son maître. Tom prit la tête de son chien, couverte de sang, contre lui, les larmes aux yeux.

 

« Tu as réussi mon brave chien ! Tu as réussi ! Si tu savais comme Lily aurait été fière de toi. »

 

Damien et Florent, remis de leurs émotions, se pressèrent près de Lunard, leurs mains jointes prenant tour à tour de l'eau à la fontaine qui orne l'entrée du parc. Tendrement, la brave bête happait l'eau bienfaisante. Ce manège dura jusqu'à l'arrivée des pompiers qui, enfin arrivés, se mirent aussitôt au travail. Les ambulanciers, arrivés en même temps sur les lieux, s'occupaient de Martial qui, visiblement, était hors de danger.

 

Monsieur Pianreu courut vers le garage en face de la maison et sortit la voiture. Il arrêta le véhicule devant Tom qui tenait toujours son compagnon dans ses bras.

 

« Venez,Tom, nous allons charger Lunard à l'arrière de la voiture, je ne laisserai pas mourir votre brave chien. Vite ! »

 

Après avoir chargé l'animal, s'installant au volant, il ouvrit la fenêtre et appela son épouse.

 

« Demande au docteur Lemarron de se tenir prêt à la clinique pour animaux, je lui conduis un chien gravement brûlé avec des blessures multiples. Que tout soit mis en oeuvre pour quand nous arriverons. Nous lui devons la vie de nos enfants ; sers-toi de la radio des pompiers. »

 

Il démarra en trombe, laissant dans les graviers la marque de ses pneus.

 

Si, un jour prochain, vous passez dans mon village, vous verrez à l'entrée de celui-ci une maison propre comme un sou neuf où des gens d'ouvrage font le ménage et le jardin.

Sous le petit toit, devant la maison, vous apercevrez un vieil homme dans un fauteuil. A ses côtés, un chien borgne avec des trous dans le pelage qui se fait gratter les oreilles autant qu'il veut.

 

 

[2008]

Par chris - Publié dans : Nouvelles
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